Xavier Bettel: "Le Luxembourg se mue peu à peu en un pays 'digital by default'."

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1) Quelle place le numérique occupe-t-il aujourd'hui au Luxembourg, un an après le coup d'envoi de l'initiative Digital Lëtzebuerg ?

Le Luxembourg se mue peu à peu en un pays « digital by default ». Ce qui n'était à l'origine qu'un principe directeur pour l'administration électronique est désormais devenu un objectif d'ordre général.

Nous venons d'inaugurer, en collaboration avec le Ministère du Développement durable et des Infrastructures, notre portail officiel open data, qui ne cesse de s'enrichir de jeux de données publics et privés. Or, la communauté réutilise ces ensembles de données, ce qui crée de nouvelles opportunités pour les entreprises et les citoyens.

Le mois dernier, sur l'initiative du Ministère de l'Économie, le Luxembourg a mis en place le Digital Tech Fund, un fonds qui prendra des participations dans des entreprises innovantes prometteuses. L'objectif est d'investir dans des domaines tels que la cybersécurité, les FinTech, le Big Data, le Digital Health, les médias ainsi que les réseaux de communication nouvelle génération, l’apprentissage numérique, « l'Internet des objets » ou les télécommunications et services satellitaires.

Nous avons également lancé un projet européen de supercalculateur (ou HPC, pour « High Performance Computing ») qui permettra aux acteurs privés et publics d'accéder à des outils informatiques de pointe. Ce projet, qui a nécessité un investissement de plusieurs milliards d'euros, a été créé en partenariat avec la Commission européenne, la France, l'Espagne et l'Italie.

Grâce aux initiatives du Ministère de l'Education, les enseignants et leurs élèves disposent de nouveaux environnements d'enseignement et d'apprentissage, ainsi que de makerspaces innovants. De plus, des parties prenantes du secteur privé mettront en place et financeront un centre de compétences TIC.

La FinTech connaît une croissance rapide. Grâce à l'agrément accordé par le Ministère des Finances luxembourgeois à Bitstamp, cette plate-forme d'échange de bitcoins est désormais reconnue comme un établissement de paiement dûment réglementé. Cette initiative, première du genre en Europe, ouvre la voie vers une nouvelle ère de sécurité et de transparence dans le domaine de la finance digitale.

Etant donné qu'il est impossible de construire un nouvel avenir en s'appuyant sur des technologies dépassées, la technologie est effectivement au cœur des futurs projets de l'ensemble du gouvernement luxembourgeois, et je me réjouis tout particulièrement qu'un nombre croissant d'entreprises s'emparent de Digital Lëtzebuerg pour réaliser un certain nombre d'actions.

2) Depuis de nombreuses années, le Luxembourg fait preuve d'ambition et développe son secteur numérique. Quels sont les atouts du pays concernant le déploiement de l'initiative Digital Lëtzebuerg ?

Les gouvernements sont confrontés à de nombreux défis en matière de gestion des politiques numériques. La difficulté majeure tient au fait que ces gouvernements sont de plus en plus conscients que la rigidité de l'approche des administrations publiques est incompatible avec le développement rapide de la transformation digitale actuellement en cours.

Afin de répondre à ces défis, le Luxembourg a décidé d'adopter une démarche plus flexible, qui se concrétise sous la forme de l'initiative Digital Lëtzebuerg. Pilotée par trois ministres, cette initiative horizontale ambitionne un rapprochement des acteurs publics et privés et une élimination des silos verticaux. Grâce à ce cadre collaboratif, nous sommes parvenus à prendre des décisions rapides et à bénéficier d'une vision parfaitement claire de ce qu'il convient de consolider ou de modifier.

Selon moi, cette flexibilité caractéristique du Luxembourg est un atout clé dans notre monde actuel, soumis à des évolutions rapides.

3) L'édition 2016 de la conférence ICT Spring, que vous avez inaugurée, voit pour thème l'abondance. En matière d'abondance technologique, le Luxembourg s'y connaît. Qu'en pensez-vous ?

En effet. Quatre-vingt quatorze pour cent des foyers luxembourgeois ont accès à des connexions haut débit, soit 30 mégaoctets par seconde ou plus. Ces résultats nous placent en tête des classements des pays de l'Union européenne. Avec la fibre terrestre, une connectivité satellite et la transition des connexions mobiles de la 4G vers la 5G, le Luxembourg commence indéniablement à connaître l'abondance en matière de bande passante.

Nous disposons également d'une abondance de solutions de stockage. Le territoire du Luxembourg affiche la plus forte densité au monde de centres de données certifiés Tier 4. Grâce au projet HPC, nous connaîtrons également l'abondance en termes de puissance de calcul.

Ceci étant, l'abondance technologique n'est rien sans l’abondance innovatrice et créative. Afin de cultiver les idées et les talents, les compétences numériques (« e-skills ») doivent être inscrites au cœur des priorités de notre système éducatif national.

Copyright photo : © SIP / Charles Caratini, tous droits réservés

  • Mis à jour le 15-06-2016