Interview

« S’attaquer à de vrais problèmes permet de maintenir des projets à plus long terme »

B Ottersten

Selon Björn Ottersten, directeur du centre interdisciplinaire « Security, Reliability and Trust » (SnT) de l’Université du Luxembourg, l’université et le SnT ont rapidement acquis une excellente réputation dans les domaines de la recherche et de l’enseignement des technologies. Les deux entités mettent un accent particulier sur la collaboration avec des partenaires commerciaux afin de transformer la découverte scientifique en innovation commerciale. Le professeur, chercheur et ingénieur électricien suédois affirme que la technologie financière (fintech) et la recherche spatiale constituent les principales priorités du SnT pour les années à venir.

Q : Dans quel but le SnT a-t-il été créé, et quel est votre rôle en tant que directeur du centre ?

Björn Ottersten : En 2009, au moment de la création du SnT en tant que centre interdisciplinaire à l’Université du Luxembourg, nous nous sommes inspirés d’initiatives prises par le gouvernement pour investir dans des infrastructures dédiées aux technologies de l’information et de la communication, dans le but de faire du Grand-Duché un endroit propice au développement de ce type d’activité. Le gouvernement souhaitait encourager les fournisseurs de services en nuage, les opérateurs de commerce électronique et les sociétés associées à se domicilier au Luxembourg, y compris les entreprises internationales telles que eBay et Amazon.

Notre travail est centré sur la recherche universitaire à long terme et à haut risque, mais également sur des projets collaboratifs axés sur la demande, avec les secteurs industriel et public. Nous recrutons des talents provenant des quatre coins du globe, et nous avons aujourd’hui plus de 50 nationalités représentées. Nous nous sommes construit une réputation de partenaire de recherche hautement qualifié et avons pour objectif de garantir que nous utilisons au mieux notre fonds de recherche public.

Q : Dans la pratique, comment-cela se traduit-il ?

Björn Ottersten : Nous travaillons sur deux fronts. Nous construisons des réseaux au niveau local en prenant part à des projets de recherche collaboratifs et en travaillant avec des entreprises privées et des institutions gouvernementales. Il s’agit généralement de projets qui s’étalent sur quatre ou cinq ans avec des objectifs précis du point de vue scientifique et de la recherche.

De plus, nous travaillons à l’échelle mondiale grâce à nos réseaux dédiés à la recherche et aux travaux académiques, avec des projets tels que le programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 lancé par la Commission européenne. Il s’agit d’un travail académique de haut niveau, et nous collaborons avec quelques-unes des meilleures équipes de recherche en Europe.

Q : Comment fonctionne votre programme de partenariat ?

Björn Ottersten : Dans le cadre du programme de partenariat, l’une de nos initiatives locales, nous contactons des partenaires potentiels au Grand-Duché et leur demandons de co-investir. Les résultats sont excellents : aujourd’hui, 34 participants ont signé des accords à long terme et contribuent à notre fonds pour un montant total avoisinant les 4,5 millions d’euros, soit environ 20% de notre budget.

Q : Quelle est votre philosophie de travail ?

Björn Ottersten : Souvent, une distinction est faite entre recherche appliquée et recherche universitaire. Notre philosophie est de faire de la recherche à long terme et à haut risque, mais également de travailler dans des domaines davantage axés sur la demande avec des sociétés actives sur le terrain. La recherche a besoin de recherche appliquée, et l’innovation a besoin de commercialisation. Lorsque vous créez une interface, il est difficile d’exploiter le résultat de la recherche. Il faut éliminer tous les obstacles, tout faire sous le même toit ; c’est ainsi que nous fonctionnons. À nos yeux, s’attaquer à de vrais problèmes permet de maintenir des projets à plus long terme.

Q : Quelles sont vos plus grandes réussites à ce jour ?

Björn Ottersten : Nos projets de partenariats constituent l’une de nos plus grandes priorités. La clé de la réussite, c’est de convaincre les entreprises privées d’investir, et ce n’est pas une mince affaire ! Elles ne seront pas partantes à moins que vous ne soyez crédible et qu’elles pensent que vous pouvez leur apporter une valeur ajoutée. Gagner ce type de confiance nécessite plusieurs années ; nous sommes donc ravis d’y être parvenus.

Nous avons réussi à affirmer notre présence dans le programme Horizon 2020. Le programme spatial de l’Union européenne est très compétitif, et notre engagement prouve que nous faisons partie des meilleurs en Europe. Récemment, le Times Higher Education nous a placés en 58ème position au niveau mondial dans le domaine de l’informatique, ce qui démontre que nous nous sommes assuré une certaine visibilité et que nous avons engagé d’excellents éléments. La clé, c’est de s’entourer des meilleurs et de les aider à faire ce qui les passionne.

Q : Quelles sont vos priorités pour l’avenir ?

Björn Ottersten : Lorsque j’ai fait mes débuts à l’Université du Luxembourg, je pensais que j’allais m’occuper de tâches liées aux secteurs bancaire et financier, car ceux-ci constituent une part significative de l’économie nationale. Mais il en a été tout autrement : nous avons en réalité travaillé avec des opérateurs technologiques ou des personnes chargées de l’intégration des systèmes.

Mais ces deux dernières années, les services financiers ont connu des mutations. Les monnaies virtuelles comme le bitcoin ont galvanisé les foules. Subitement, tout le monde parle de technologies dans les services financiers, de premiers investissements ont été réalisés, et tout se développe très vite. Il s’agit d’un domaine constituant désormais l’une de nos priorités, et nous commençons à nous associer à de nouveaux partenaires.

Au Luxembourg, nous avons déployé des efforts considérables dans le domaine de la recherche spatiale, sous l’égide du vice-Premier ministre Etienne Schneider. Nous travaillons sur les communications par satellites avec SES, le plus grand opérateur de satellites au monde. L’initiative « Space Resources Luxembourg » [www.spaceresources.lu] constitue un projet très futuriste – il prévoit l’exploitation de l’espace et des astéroïdes ainsi que la préservation de la vie dans l’espace et du commerce lié à l’espace – et des entreprises américaines et japonaises sont en train de s’installer au Grand-Duché. Nous aimerions faire partie de ce projet. La recherche et le développement sont pour cela essentiels ; ils constitueront donc un autre aspect à développer dans les années à venir.

  • Mis à jour le 11-07-2017